L’éthique de l’innovation

J’ai dernièrement écrit sur le projet d’un milliardaire russe, Dmitry Itskov, de permettre aux plus riches de la planète de rendre leur conscience immortelle. À défaut de pouvoir leur promettre un corps éternellement jeune, le plan d’Itskov est d’assurer un transfert de la conscience dans une matrice informatique qui pourrait ensuite être implantée dans un robot ou encore apparaître sous la simple forme d’un hologramme.

Le plus surprenant pour moi dans cette nouvelle a été de constater que, selon le site Web du projet, le Dalaï-Lama lui-même approuverait le projet. Visiblement moins conservateurs que plusieurs autres leaders religieux du monde, le Dalaï-Lama voit dans cet avancement un rapprochement entre la science et la spiritualité.

Dmitry Itskov et le Dalaï-Lama s’empressent d’affirmer qu’une telle technologie doit se faire dans l’éthique. Que le projet Avatar 2045 n’en est pas un qui se veut militaire, mais bien humanitaire. Itskov semble vouloir offrir cette technologie, éventuellement, à l’ensemble de l’humanité pour créer un nouveau genre humain. Une légèreté qui semble bien dangereuse et empreinte d’une douteuse naïveté.

Capitalisme et innovation : une roue qui tourne toujours plus vite

Dans les années 1990, on riait encore de la vision futuriste qu’avaient nos grands-parents de l’année 2000. Voitures volantes, robots domestiques, téléportation en guise de transport. Pourtant, douze ans après l’an 2000, les robots sont sur le point de faire leur entrée dans les maisons occidentales et des études nous proposent de transporter notre conscience à des centaines de kilomètres pour assister à des réunions d’affaires plutôt que de prendre l’avion. Manque encore les voitures volantes, mais Google a déjà un prototype de véhicule se conduisant sans intervention humaine.

Le rythme des innovations rejoint donc celui de notre imagination. La société de consommation se trouve ainsi à un tournant de son histoire. La valeur ajoutée d’un produit passe de plus en plus par l’innovation. Pour tenir le rythme, pour poursuivre la croissance économique, les entreprises doivent faire preuve d’audace. Pour rester au dernier goût du jour, les consommateurs achètent.

La faille éthique de ce système se trouve dans sa combinaison avec la situation économique actuelle. La mixtion de deux constats apparaît explosive : a) pour innover, il faut du génie et de l’argent, b)  la notion de valeur découle du phénomène de rareté. Le débalancement de la richesse à l’échelle mondiale crée ainsi une disparité : les riches ont accès beaucoup plus rapidement que les pauvres aux nouvelles technologies.

Ce phénomène n’a rien de neuf. Ce qui change, c’est l’impact disruptif des technologies. Avoir un meilleur marteau que son voisin offre un avantage marginal. Posséder un téléphone intelligent alors que l’autre n’a accès qu’au téléphone public offre un autre genre de prédominance.

Qu’est-ce que ce sera lorsque certains seront « immortels » avant les autres? Lorsque de hommes d’affaires possèderont des domaines dans l’espace? Ou que certains pourront améliorer leur corps grâce à la machine alors que des millions mourront encore de faim?

Le rapport du capitalisme à la science-fiction est fascinant et bien documenté. Par sa fonction prospectrice, ce genre d’oeuvres permet d’imaginer les conséquences d’innovations probables, et ce, dans des angles utopiques comme dystopiques. Lorsque des nouvelles nous parviennent et que leurs protagonistes nous rappellent les vilains de certains auteurs, il y a lieu de s’inquiéter ou, à tout le moins, de prendre un moment pour réfléchir.

Le danger se trouve précisément là. Je suis de ceux qui adorent l’innovation technologique et qui l’encourage. Cependant, le rythme des innovations s’accélérant, l’éthique, trop souvent une préoccupation mineure et mal financée, a du mal à suivre. Toutes les technologies promises ne fonctionneront pas, certaines ne livreront pas leurs promesses; mais d’autres, si. Bien malin est celui capable d’en évaluer aujourd’hui la pleine mesure. Malheureusement, dans un monde déréglementé, les frais de conséquences imprévues sont souvent réglés par ceux qui n’en ont pas les moyens.

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