Vendre le rêve

Dans ma courte carrière de journaliste, j’ai compris que les entreprises ont toutes une chose en commun : elles utilisent les communications pour affaires. S’il n’y a pas un bénéfice à tirer d’un effort de communication, elles préfèrent, à juste titre, s’en passer.

C’est pourquoi la stratégie de communication des entreprises américaines voulant se lancer dans la conquête de l’espace m’impressionne. Pas un mois ne passe sans que l’on reçoive une mise à jour sur leur progrès. Planetary Ressources va jusqu’à baser son message sur le fait que « nous » (c’est-à-dire n’importe qui) pouvons participer à l’exploration spatiale. L’entreprise a même mis sur pied un blogue qui pourrait, un jour, mener à un projet Kickstarter pour permettre aux internautes d’utiliser leur technologie.

On peut se demander quel est l’intérêt, pour ces entreprises, de communiquer leurs avancées à tous les vents. Même les progrès les plus abscons font partie de leur projet de communication.

Bien sûr, l’espace fascine. Des milliers de scientifiques frustrés (comme moi ;)) veulent connaître les moindres détails de cette incroyable aventure qu’est l’exploration de l’espace.

La pure sympathie ne me semble pas une raison suffisante pour justifier ces efforts communicationnels. Il s’agit, après tout, d’un club de milliardaires. Se lancer dans la course de l’espace est impossible pour la très grande majorité des gens sur terre, pourquoi tenter de nous séduire?

On pourrait aussi arguer qu’en se positionnant à l’avant-scène, ces entreprises occupent l’espace public disponible et s’assure de bien paraître auprès de la NASA qui offre des contrats. Il serait très surprenant d’apprendre que la NASA base l’attribution de ses contrats sur des campagnes de communications bien rodées, mais on y trouve peut-être là un début de réponse.

Ces entreprises ont été créées par des gens très riches, certes, mais d’abord et avant tout par des rêveurs. Peter Diamandis a participé à de nombreux projets sur l’espace, se définit comme un enfant du programme Apollo et a écrit le livre « Abundance : the future is better than you think ». Elon Musk, fondateur de SpaceX, a été l’un des créateurs de PayPal, s’est investi dans l’entreprise Tesla Motors et travaille sur différents projets d’énergie verte.

Les départements de communication de leurs entreprises reflètent la vision de ces hommes. Ils vendent du rêve. L’exploration efficace des ressources de l’espace est encore à des dizaines d’années de leurs premiers profits, si profit il y aura. D’ici là, ce sont des centaines de millions de dollars qui doivent être investis dans ces recherches.

Pour arriver à faire de l’exploration de l’espace une entreprise rentable, il faut que les gens y croient. Il faudra éventuellement attirer les investisseurs et faire en sorte que les consommateurs aient envie des retombées spatiales. Surtout, il faut que les deniers publics continuent d’être investis dans cette conquête débutée dans les années de l’après-guerre.

Ce que ces entreprises font, c’est de mettre de l’avant une idéologie qui valorise l’innovation, les essais et erreurs qui mènent au succès. C’est la promotion d’un rêve capitaliste : si les ressources viennent à manquer sur Terre, nous n’aurons qu’à les trouver dans l’espace.

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